La France au sein de l’Europe et dans le monde.

Tout d’abord reprenons les indicateurs économiques qui nous permettent de nous faire une idée sur la performance ou le niveau de vie d’un pays. Quels sont-ils ?

Le premier est le PIB/Habitant . Il mesure la richesse crée par le pays, divisée par le nombre d’habitants (il est parfois contesté par des écologistes, comme Mr JANCOVICI, mais ces derniers qui le critiquent ne proposent pas d’alternative , dont acte).

Le second est tout naturellement la dette.  Car elle est la conséquence du niveau de dépenses de l’État . Dette qui a un coût car il faut payer les intérêts pour rémunérer ceux qui prêtent). Ces intérêts diminuent d’autant les recettes de l’État à l’avenir (en augmentant les dépenses).

Le troisième est la balance des paiements courants. Elle mesure l’excédent ou le déficit commercial  d’un pays. En d’autres termes la différence entre ce que le pays produit et ce qu’il consomme.

Enfin, le quatrième est le taux de prélèvements obligatoires. Il donne une indication sur la richesse prélevée par l’État sur les particuliers et les entreprises pour la redistribuer ensuite après avoir remboursé les intérêts de la dette.

Tableau n°1.    P.I.B /habitant en milliers de Dollars*        

                       2000     2020     2022   2000-2022

France          33,6        35,6      38,8      +15,5%

Allemagne  34,5        37,8      43,4      +25,8%

Irlande         41,9        46         97,3     +132,2%

Zone Euro  30,7        33,1       37,5       +22,1%

Etats-Unis  48,6       52,8       63,7       +31,1%       

*en ppp (parité de pouvoir d’achat) source trading economics

Ce que l’on observe au vu des chiffres ci-dessus, c’est qu’en un peu plus de 20 ans la richesse par habitant aura augmenté de 15,5% en France , bien en dessous de la zone Euro +22,1% , et de l’Allemagne +25,8%, et nettement moins que les Etats-Unis +31,1%, et sans parler de l’Ireland +132,2%.

Tableau n°2. Dette en %  du  PIB

                         2000   2010   2022    

France            60,0     81,0     111,6

Allemagne    58,8      82,0    66,4

Irlande           39,3      82,0    52,6

Zone Euro    68,4      84,3    89,5 

ETATS-UNIS                       >170%

Alors-que la France a un niveau de dette inférieure à la moyenne de la Zone Euro en 2000, la tendance s’inverse radicalement pour arriver à 22,1 points au-dessus en 2022. Au même moment l’Allemagne qui était au même niveau que la France en 2000 a pu réduire sa dette par rapport à 2010 et l’Irlande reste à moins de 60%.

Donc, la France augmente sa dette avec des déficits permanents, mais pour quoi faire ?

Concernant les Etats-Unis leur niveau de dette record reflète leur capacité à s’endetter auprès du monde entier , le Dollar étant la monnaie des transactions internationales.

 

Figure n°3.  Balance des paiements courant de la France en %   

                             2005     2010    2022     

% de déficit      -0,01     -0,83     -2,04

La balance des paiements courant de la France est négative depuis 2005, ce qui veut dire que le pays produit moins  qu’il ne consomme (exception faite des années 2019 et 2021 qui sont en léger excédent). Comme la France appartient à la Zone Euro qui elle est excédentaire, c’est donc possible. En d’autres termes, si la France avait sa propre monnaie cela se traduirait par des dévaluations à répétition (comme dans les années 1980).

Figure n°4.   Taux de prélèvements obligatoires en % du PIB

                       

                           2019    2020    2022

France            47,1        47,3        48,0

Allemagne    41,4        41,0        42,1

Suède             43,5         43,1       42,4

Irlande          22,7         20,6       21,7

Zone Euro   41,4         41,1         41,9

La France reste donc le pays où le taux de prélèvement est le plus fort de la Zone Euro, et nettement supérieur à celui de la Suède qui était jusqu’alors réputée pour avoir un  niveau très élevé.

A noter l’Irlande qui a un  taux extrêmement bas.

Que nous indiquent tous ces chiffres ?

Que la France est un pays où la richesse par habitant progresse peu et sensiblement moins que ses voisins y compris dans la Zone Euro.

La France a une dette qui ne cesse de s’accroître et dont les intérêts représenteront bientôt plus de 70 Milliards d’euros, soit à peu près le budget de l’Education Nationale. Or comme le niveau de déficit budgétaire continu à un rythme  élevé ( >5% en 2024) le coût de la dette va continuer d’augmenter.

Enfin que le niveau de prélèvements obligatoires atteint des sommets largement au-dessus de tous les pays de la Zone Euro sans pour autant que les Français aient la perception d’un niveau de vie satisfaisant.

Donc cela montre que le modèle économique de la France ne marche pas. Peu de richesses crées, avec des prélèvements obligatoires en hausse continue qui n’apportent pas de résultat.

Alors pourquoi et comment en est-on arrivé là ? 

Dans un pays, la richesse est crée par les entreprises et ceux qui y travaillent.

Les entreprises ont besoin de faire des bénéfices pour leur permettent d’investir et se développer.

Or,  la France a un des taux d’impôt sur les bénéfices les plus élevés d’Europe (Et « pour améliorer la situation déficitaire du pays » on parle d’augmenter  « temporairement »  les impôts des grandes entreprises…)

Car en France, les solutions mises en œuvre pour améliorer la situation du pays consistent à augmenter les impôts, ce que certains appellent la « justice fiscale ».

Mais force est de constater que ça ne marche pas : la richesse par habitant croît peu, la dette augmente, le pays consomme plus qu’il ne produit, et malgré cela le débat continue de tourner autour de l’augmentation des impôts, appelée pudiquement « justice fiscale »

D’ailleurs qu’est-ce que la  justice fiscale, … si ce n’est taxer toujours plus.

En matière d’économie, au risque d’être caricatural, il y a les économistes libéraux et les économistes Keynésiens ou post Keynésiens. Les libéraux sont en faveur de moins d’impôts plus de liberté d’action et les  autres pour plus de règlementations et d’impôts. Le meilleur exemple est celui que l’on trouve dans le livre de Mr Thomas Piketty  « Le capital au 21 siècle ». Ouvrage remarquable en matière de collecte de données où en synthèse il  explique qu’au fil du temps les inégalités ne feront que continuer à augmenter tant que le taux de croissance sera inférieur au rendement du capital. Et de conclure qu’il faut taxer la richesse et augmenter les impôts pour réduire les inégalités. Or son ouvrage prend en compte les données avant redistribution des richesses (impôts, transferts sociaux) ce qui évidement nuit considérablement à la démonstration , ce qui lui a valu de nombreuses critiques, et pour cause ! **

On pourrait résumer que la France a choisi depuis une bonne vingtaine d’années de privilégier la redistribution des richesses à leur création. Mais les résultats ne sont pas au rendez-vous et certains partis politiques continuent de se prévaloir des théories de Mr. Piketty pour démontrer la solidité de leur programme économique. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il n’y a pas de raison que les choses s’améliorent, et même continuent à se dégrader. Et encore la France a la chance d’appartenir à la Zone Euro, ce qui lui permet d’emprunter à des taux très favorables grâce au niveau de dette plus faible de ses partenaires européens partageant la même monnaie.   

En conclusion: La France vit au-dessus de ses moyens

Taxer toujours plus consiste à freiner la création de richesse et donne les résultats que l’on voit. Augmentation de la dette, déficits budgétaires croissants, pouvoir d’achat en berne (PIB/habitant).

En matière de politique économique regardons ce que font les autres plutôt que de continuer à imaginer des solutions qui ne marchent pas.

Aucun pays ne peut durablement vivre au-dessus de ses moyens. La Grèce et l’Argentine en ont fait la triste expérience.

**Alan Auerbach (Yale-Harvard university)

James Galbraith (Harvard-Yale) A theory of Government budget process

  1. Kopczuk : researcher associate with the national bureau of economics.

Enfin,  pour ceux qui auraient des doutes sur l’objectivité  de Mr Thomas Piketty, je les renvoie à la page 48 de son ouvrage « le capital au 21ème siècle » où il dit que normalement la richesse crée devrait revenir naturellement aux salariés plus qu’aux actionnaires.  Son ouvrage a pour but de démontrer que ce n’est pas le cas et que les inégalités se creusent. Sauf que l’analyse dans son livre est basée sur des chiffres avant impôts et redistribution. Ce qui ne reflète pas la réalité car  la redistribution a pour effet de réduire ces inégalités. 

Citation de Mr Piketty page 48 « du capital au 21ème siècle »:  « la marche en avant vers la rationalité technicienne conduirait mécaniquement au triomphe du capital humain sur le capital financier et immobilier,  des cadres méritant sur les actionnaires bedonnant, de la compétence sur la filiation »  

Vous aurez compris que Mr Piketty  n’apprécie pas la prise de risques des actionnaires qu’il considère comme des rentiers « bedonnant ».

 

 

 

 

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